vendredi, 01 septembre 2006
Dégâts des Lettres, chroniques de Jean-Louis Massot
Jean-Louis Massot a tenu une chronique régulière intitulée Dégâts des Lettres du numéro 6 au numéro 21 de la revue Casse. Acide et caustique, elle fit grincer des dents et valut à la rédaction de nombreux courriers, parfois d’approbation, le plus souvent de protestation.
Ce billet reproduit l’intégralité des 13 chroniques. Précisons que J.L. Massot a publié ensuite un recueil « Dégâts des Lettres » aux éditions Gros Textes.
Dégâts des Lettres n° 1 (in Casse n° 6)
Entre un panier de crabes et certain milieu de la poésie, il ne doit pas exister plus de différence qu'entre, au hasard, l'hypocrisie et la politique.
Un crabe est composé, en gros, d'une carapace, de deux pinces, d'un estomac comestible et de quelques grammes de cervelle. Important : il avance de biais. La poésie se compose d'auteurs connus et inconnus, de quelques lecteurs, de critiques et d'éditeurs.
Un crabe plongé dans l'eau bouillante devient rouge. au bout de quelques secondes de cuisson ; un poète plongé dans le milieu revuiste devient rouge de dépit, s'il n'est pas reconnu. S'il est reconnu et timide, il devient également rouge.
Après sa mort, le crabe ne pince plus. On le décortique, puis on le déguste, avec du citron ou de la mayonnaise.
Après sa première publication, le poète ne discute plus, il se décortique, puis il se déguste en se relisant ou déguste la plume du critique.
S’il existe une différence, je n'en vois qu'une seule : les crabes ne sont pas solidaires entre eux. Dans la fuite pour le salut, puis dans le panier, c'est chacun pour soi. Au contraire des poètes qui fondent des familles, des clans et se retrouvent dans les mêmes revues où ils s'encensent et s'auto-congratulent, ce qui est souvent un spectacle plus désopilant que d'assister à la fuite d'un crabe.
Il paraît qu'il existe des crabes non comestibles, des crabes agiles, des poètes pudiques, des poètes sincères. Qu'ils restent sur leurs gardes, et surtout se méfient de la température de l'eau dans la casserole.
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mercredi, 30 août 2006
Pensées récréatives, de Jean-Luc Lourmière (in Casse n° 3)
Jugerez-vous avec bienveillance les écrits d'un jeune homme irrévérencieux ? Voici bien des années que je couche sur le papier des phrases qui ne tiennent pas debout. A vrai dire, je fais des mots, parce que je suis bien incapable de faire des phrases.
En découvrant dans mon envoi ce que je considère comme la quintessence de mon esprit, peut-être penserez-vous qu'il serait malaisé de faire pis, mais ce serait se méprendre sur mon aptitude à déraisonner.
Au reste, j'ai déjà prostitué ma plume pour le Poireau Gabardine, la revue de Philosophie Disjonctale. Dès lors, gager que ma plume se commettra derechef n'est pas une inconséquence.
Puisse la fortune vous préserver des fâcheux de mon espèce.
A l'instar des gentilshommes d'antan, je vous tire ma révérence, quand bien même la facture de mon épître n'aurait pas eu l'heur de vous plaire.
Serviteur.
Jean-Luc Lourmière
PENSEES RECREATIVES
J'aime à deviser avec cette femme, car enfin, si sa conversation est plate, sa gorge ne l'est pas.
Certes, vous avez une dent contre ce pugiliste, la seule qu'il vous a laissée, au demeurant.
C'est quand nous ne marchons pas droit que l'on nous regarde de travers.
Qu'espérez-vous des femmes volages ? Ne savez-vous pas qu'elles vous laissent tomber comme elles laissent tomber leur culotte ?
La femme a eu l'intelligence de nous faire croire à sa bêtise pendant tant de siècles, que je ne puis imaginer pourquoi elle a aujourd'hui la bêtise de nous montrer son intelligence à chaque occasion.
Allez donc ! Lisez des romans-fleuves : suivez le courant.
Il n'y a peut-être pas de sots métiers, mais il y a des métiers qui rendent sots, et que seuls des sots devraient faire.
Tu t'allonges sur le divan d'une psychanalyste et tu te retrouves dans son lit, histoire d'exorciser le complexe d'Oedipe.
Ne croyez pas que les militaires changent d'avis : ils reçoivent des ordres différents, c'est tout.
Il n'est pas besoin de répondre au patronyme de Freud pour comprendre que le cul de votre bourgeoise est un achoppement non négligeable pour votre élévation spirituelle.
Ma mère a fait bien des erreurs, et je ne suis pas la moindre.
Me chanteriez-vous pouilles, vous aussi ? D'aucuns, il est vrai, me reprochent de ne pas faire grand-chose, alors qu'en réalité, je m'applique à ne rien faire.
in Casse n° 3
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